A dream... a script...
Tranche de Vie
A dream... a script...
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Tranche de Vie
Créé le :
26 mai 2005 11h38 par Alea
Modifié le :
22 sept. 2005 19h18
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Description :
Des écrits courts, des réalités que je m'invente....
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| Créé le : |
22 sept. 2005 19h18
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- Allez tous vous faire foutre ! Cette phrase, vulgaire, jaillit de ma bouche avec force et violence. Enfin, libération du boulet que vous m’obligez à porter depuis ce malheureux jour où vous avez réunit la famille et expliqué très gentiment, que Papa et Maman, ça n’allait plus, que vous aviez besoin de prendre un peu l’air, en bref qu’enfin vous reconnaissiez la situation merdique de votre couple, après des années de faux-semblants. Et puis, il y a la question qui casse tout, la question qui tue, qu’il faut JAMAIS poser, JAMAIS demandé, parce que ça détermine tout, parce que ça cèle tout ! -Tu veux vivre avec Papa ou Maman ? -Tu veux vivre avec Papa ou Maman ? -Tu veux vivre avec Papa ou Maman ? -Maman. Ça à jaillit tout seul, sans élan, sans effort. Papa est un presque inconnu, il est rarement à la maison, il gronde, il est fort, il me fait peur. Combien de fois dans ma courte vie, n’ai-je pas prétendu que cette masse incroyable et dominante me battait ? Combien de fois me suis-je sentie désemparée face à cette silhouette écrasante ? Je ne sais plus. Je sais que je l’ai sentie et vécu. Je sais que j’ai toujours, toujours soutenue ma mère. Dans les disputes, dans tout. Parce que c’était Maman, qu’elle était là, qu’elle me bordait, me racontait des histoires, me disait régulièrement les mots qui font battre le cœur, un « je t’aime » décisif. Douce certitude de ne pas être seul en ce monde. Alors quand les Pourris vous pose la question avec une voix gentille, que vous êtes trop déconnecté de la réalité pour comprendre ce qui va vous tomber sur la figure, vous répondez spontanément, sans réfléchir. Et le faible écho, petite sœur, vraie chipie, qui répète gentiment, ce que la grande sœur a osé dire : « Maman ». Alors le visage de la Maman rayonne, parce qu’elle sait, parce qu’elle n’a jamais douté. Et le visage du père, impassible, mais le cœur, une hache, une chape de plomb, n’importe quoi, il sait une chose, il n’oubliera pas. Un ptit tour dans la jardin, pour être sûr du désir de la gamine. Papa est gentil. Il parle doucement, me repose la question. Et comme une imbécile, je répète la même chose, parce que l’idée même de choix, me dépassait, parce que pour moi, il n’y avait qu’une seule possibilité. Le père du cœur se ferme, c’est la première trahison de l’enfant. Il est sûr que jamais l’enfant ne lui fera aussi mal, parce qu’il l’aime et de cela aussi il est sûr. L’enfant ne se doute de rien, parce qu’elle sait que pour le père, l’important c’est la petite sœur, l’adorable enfant aux cheveux d’or et à la bouche acerbe et rien que la petite sœur et de cela, elle en est sûr. Et le temps passe. Un an de disputes téléphoniques, car on ose plus mettre les pourris dans la même salle. Le Père a été clair. Jamais ELLE n’aura les enfants. Elle aussi. Mise en place d’un système d’alternance. Maman et Papa viennent à la maison chacun à leur tour, les enfant restent à demeure, cinq enfants, c’est trop à déménager. Mais ça ne marche pas si fort et un clash se produit. Maman quitte-t-elle la maison ? Papa la chasse-t-il de la maison ? Qui sait ? Les versions d’aujourd’hui sont divergentes et il m’est impossible de retourner en arrière pour déterminer. D’ailleurs, je n’en ai pas envie. Je ne suis pas encore saoulée, mais c’est pour bientôt. Je vois toujours les choses sous le même angle, Maman est la clef, je veux être avec elle. Papa est le méchant, il crie et tempête. Maman a une nouvelle maison. Cette fois-ci, c’est les enfants qui valsent, allez hop. Lundi matin, chez Maman et le soir, chez Papa, le mardi soir et le mercredi, c’est chez Maman, le jeudi et le vendredi, c’est pour Papa et le samedi après les devoirs c’est la Maman, vive le week-end ! Alors aujourd’hui je dis allez-vous faire foutre. Ça n’a pas duré, il aurait fallu être complètement maso pour continuer un truc pareil, avec les cours et tout le bataclan, un véritable yoyo, les amis. Deuxième année. La Mère est saturée. Elle n’a pas eu les enfants. Elle a abandonné sa maison et ses gosses. Alors elle en rajoute, histoire de faire bonne mesure avec l’accusation et elle s’envole. Et elle convole. Le Père est moyennement content. La Mère est loin désormais. Mais la Fille est là, toujours a vouloir sa mère, a comploter. La première trahison lui a fait mal, la seconde l’a enflammé. Maman avait dit « Si tu veux vivres avec moi, écris une lettre au juge. » Le grand frère a dit : « Si tu veux vivre avec Maman, il faut que t’écrives une lettre au juge ». La lettre a été écrite et envoyée. Une gifle que ça m’a coûté. J’ai failli tomber sur un bout tranchant, mis je n’ai que vacillé. Je ne suis pas en sang, la gifle devait être dosée, malgré la colère. La Mère a tout de suite vu rouge, comme le père à la lettre. Un ptit tour au poste et le plainte est posé. Si les parents n’étaient pas en procédure, la chose aurait été considérée comme naturelle. Deux ans passe et la Mère n’ai vu que tous les six mois, créant ce que le Père appelle le « manque affectif ». Les filles sont envoyées à la Mère, après presque quatre ans de procédure, on les a écoutées. L’aîné a sa vie, il reste sur place, le second aussi, quoiqu’il semble filer un mauvais coton, quand au jumeau, le gentil garçon n’a jamais rien exigé, il reste donc avec le Père, histoire de contempler la décomposition du Parangon sans son soleil. La jumelle a mal. Mais elle est avec sa Mère. Enfin. L’année semble bien partir, mais les défauts de chacun se dévoilent. La Mère a passé deux ans avec son ami, l’arrivée des Filles changent les choses. Ils doivent composer. Le mauvais caractère de la Petite et la paresse de la Grande les confrontent à des problèmes de communication, mais demeurent dans la limite. Mais le Second file un très mauvais coton et c’est l’exclusion du lycée, puis de la maison paternel, la mère ouvre son foyer au rejeton rejeté. Il devrait être désolé ou paraître coupable. Mais il a l’œil et a tôt fait de dévoiler les manies désagréables de chacun. Entre la Grande et le Second, la guerre est déclarée. La Mère subit et le Compagnon engrange, entre colère et ressentiment, la vie n’est guère rose. Puis le temps passe et les choses se tassent. Arrive des vacances chez le père. Cela fait deux ans que les Filles sont chez la Mère, tous les six mois visite à Papa. Mais le Père est mal. Il a la haine et veut ses filles. L’une pour la pardonner de ses deux trahisons consécutives, l’autre pour la récupérer avant qu’elle ne soit gâchée. On va arriver à plus de six ans de procédures de divorce et on jongle sur des détails, mais le fric demeure la principale raison. A vous donner envie de vomir. Les vacances se passent bien, c’est une première. Arrive les deux dernières semaines et le Père se dévoile. Cœur brisé ou barricadé ? Véritable jonglage de menaces. - Tu me tues, me dit-il. - Je vais la tuer, ajoute-t-il - Si tu ne reviens pas, jme tuerais. - Tu mérites de découvrir mon corps pour jouïr de ta victoire. - Etc…. Et on me dit que tout va bien ? Les Pourris sont là, à gratter ce qu’ils peuvent, à essorer ce qu’ils restent de leurs gosses, leurs sucer le sang jusqu’à ce qu’ils crèvent, pour le plaisir de nous voir à leurs pieds et de nous entendre dire, oui, tu dis la vérité. Deux semaines à paniquer et se demander si je dois le laisser seul, un mois à me demander si je ne devrais pas habiter avec lui. Un jour je lui ai dit : - Tourne la page, trouve toi quelqu’un, pour te sortir, te câliner et te changer les idées. Et il a répondu : - Mais toi, tu es parfaite pour ça Chieur. Jolis mots alors qui me font fondre, alors que je suis le démon qui te détruit. Crève si c ‘est ton désir. Crève ma mère et JE te crève. Tourne la page et je t’admire. La pitié que j’éprouve pour toi est mauvaise, un jour j’ai pensé : « Demain, on est le 14 Février, c’est la fête des amoureux, la fête de l’Amour, tu seras tout seul. Tu as tout foiré : tes parents, tes enfants, ton mariage, ton divorce, ton boulot ptet aussi. » Et je t’ai pardonné toutes les horreurs que tu as pu me dire depuis des années, celle qui quand je suis déprimé ou en colère, scandent dans ma tête, dont la principale est celle-ci « Tu est comme ta mère, ma fille, tu es Manipulatrice, Dissimulatrice, Corruptrice et Menteuse. » Alors, La Menteuse a envie de péter un câble. Envie de gueuler. Envie de dire que le Père ou la Mère, les deux sont Pourris, que votre histoire, je m’en fous et que celle qu’ont écrit au jour le jour, c’est à nous de décider comment elle sera. ET moi j’ai décidé. Que vous alliez vous FAIRE FOUTRE. Si dans un peu plus d’un an je serais majeur et qu’on me considéra adulte, il n’en demeure pas moins que vous avez bousillé une partie sympathique de ma vie, que vous avez perverti ce qui aurait du rester immaculé : mon enfance. - Allez tous vous faire foutre !
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| Créé le : |
18 juil. 2005 20h53
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Respirer, se calmer. Réfléchir avant d’agir. Je frappe violemment dans le mur. J’entends mes os craquer sous la violence du coup. C’est juste après ce son atroce que je sens la douleur. Des larmes de souffrance se mêlent à celle de rage. Je halète, la douleur est telle que ma colère s’évanouit. Je regarde ma main. J’en ai envie de vomir. Les chairs se sont ouvertes, laissant apparaître les os et deux doigts pendent, inertes, brisés. Je suis à l’hôpital. Le médecin en face de moi est soucieux. Il n’a qu’une idée en tête, m’emmener dans la clinique psychiatrique la plus proche. Il pense que je suis folle. Il a raison. Mais je refuse de me laisser enfermer. Le pansement est fait, mes blessures étouffées sous une tonne de coton blanc. Le médecin sort de la pièce, téléphoner à un collègue. Attendez ici, j’ai encore des examens à faire. Mon œil oui. Appeler à la rescousse pour me faire enfermer. Vous savez ce que c’est l’automutilation ? C’est la rage sur soi-même, la préservation des autres quoi. Du moins, c’est ma définition, pas la leur. Ils pensent que je suis folle. Vous aussi. Vous avez raison. Mais je ne me laisserais pas enfermer. Par personne. Je prends mes cliques et mes claques et je m’en vais. Le médecin n’a cas se faire foutre. Je la ferai examiner ailleurs, ma main, quand je le sentirai. J’ai l’habitude de mentir. La plupart me croient, pas tous. Lui, il m’a pas cru, mais c’est pas grave, du moment qu’il m’oublie. Moi je l’oublie. Je suis dehors, il pleut. J’aime la pluie, sentir l’eau le long du corps, imprégner les vêtements, les cheveux. Caresses sur ma peau, d’abord si douces, puis de plus en plus dures. C’est une belle averse, presque un déluge. J’aime. Je cours, droit devant, sans réfléchir. J’ai quitté le centre ville. Je cours près d’une route peu fréquentée. Je suis seule, seule avec le vent et le mauvais temps, je ris et lève les bras vers le ciel. L’eau entre dans ma bouche, dégouline le long de mon cou. C’est agréable. Mon pansement a absorbé l’eau qui atteint mes blessures et ravive la douleur. Je l’ignore, la joie que je ressens est plus forte. J’aime la pluie. Depuis toujours. La pluie, c’est ma meilleure amie. Je ferme les yeux, ivre et je danse avec elle. Je tournoie, mon débardeur me colle à la peau et c’est bon. Je n’entends plus rien que le son des gouttes : flic, flac, floc, flic flac floc, de plus en plus vite, flicflacfloc, flicflacfloc. Je suis dans mon monde, un monde de son où rien d’autre n’existe que cette douce sensation, ce massage savant de la nature. J’aime la nature et elle me le rend bien. Je tourne sur moi-même, je glisse, la terre humide est devenue boue et je patauge dedans. Je n’ouvre pas les yeux, je suis bien, trop bien. Une lumière vive approche de moi, accompagné d’un son bruyant et désagréable, mais je n’ouvre pas les yeux. La pluie qui m’entoure se fait froide, glacée. Les lumières m’aveuglent, mais je ne vois pas, j’ai les yeux fermés. Qu’est-ce donc ? Je me tourne vers la lumière, sent son intensité à travers mes paupières baissées. Le bruit s’est intensifié, lui aussi. Je n’ouvrirai pas les yeux, je ne veux pas quitter mon monde, j’y suis trop bien. Je sens une douleur atroce, pire que celle de mes doigts se brisant contre le béton, pire que les chairs se déchirant sous le choc et dévoilant mes os. Pire que tous ce que j’ai connu jusqu’avant. Mais je n’ouvre pas les yeux. Je veux rester dans mon monde. La pluie est devenue de plus en plus froide et je ne sens plus rien. Cette douleur si vive n’a guère duré. Juste pour dire « je suis là » et puis, plus rien. Plus que moi dans mon monde. Seule. Pour toujours. L’homme sort de son camion en courant, il s’approche de la forme allongée au sol, en proie à de violents spasmes. La forme convulse, puis s’immobilise. Il sait que la fille est morte. Elle est jeune, pas plus de vingt ans et elle morte, parce qu’il ne l’a pas vue. Il a peur et il pleure. Il a tué cette fille. Il sent le dégoût en lui, de lui-même, la rage qui monte, il frappe violemment sur le devant du camion. Il entend ses os craquer sous la violence du coup. C’est juste après ce son atroce qu’il sent la douleur. Des larmes de souffrance se mêlent à celle de rage. Il halète, la douleur est telle que sa colère s’évanouit. Il regarde sa main. Il en a envie de vomir. Les chairs se sont ouvertes, laissant apparaître les os et deux doigts pendent, inertes, brisés… La pluie continue sa course, s’infiltre dans les plaies, augmentant la douleur…
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| Créé le : |
29 mai 2005 16h02
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Je suis nue devant le miroir. J’ai froid. Je me sens laide. Un corps maigrichon, une peau pâle, proche de la craie blanche qu’utilisent les instituteurs dans les écoles. Je revois le bâton blanc qui crisse sur le tableau, laissant après son passage, des symboles étranges et sans vie. Je revois l’homme barbu se retourner vers moi en souriant et prononcer le mot, le mot qui déclenche les rires moqueurs, les problèmes, l’incompréhension et ma douleur. - Lis, dit-il doucement. Je me revois désemparée, face à ce tableau noir couvert de dessins étranges et harmonieux dont le sens me demeure fermé. Je ne réponds pas. Je reste droite immobile et mes yeux ne peuvent se détacher de ces traces de craie sur le tableau vert foncé. Le monsieur s’impatiente, lis répète-t-il d’une voix pressante. Mes yeux dérivent de ces formes mystérieuses et rencontre le regard impatient de l’homme. Je ne sais pas ce qu’il vit dans mon regard, de la haine ? De la colère ? Ou ma tristesse, ma solitude ? Comprit-il mon désarroi ? L’impression que je ne faisais pas partie de leur monde ? Que j’étais tout simplement incapable de lire ? Je ne sais pas. Il me renvoya me rasseoir et invita un autre élève qui transforma en paroles et en sons ce qui pour moi demeuraient d’étranges graphismes sans signification. J’ai froid. Je m’habille lentement. D’abord les sous-vêtements de lins blancs. Le tissu glisse sur ma peau, mais j’ai plus l’impression d’une agression que d’un réconfort. J’enfile avec difficulté le jean qu’elle m’a offert. Il est beau, à ma taille. Je n’aurais pas besoin d’une ceinture. Qu’a-t-elle dit en me le donnant ? Pour toi, pour que tu comprennes à quel point je t’aime. Elle m’aime. Non, elle croit qu’elle m’aime. Elle confond pitié et amour. La pauvre est plus aveugle que moi. Je suis dans la rue. Tout est gris, froid. Les gens marchent, vêtus de couleurs sombres. Pas pressés, pas modérés. Baskets, mocassins. Sac à dos, attaché-case. On voit de tout dans la rue. Les anonymes qui vont travailler. Boire un café, allumer une cigarette ou chez le boulanger, se réconforter avec une brioche chaude, un croissant ou un pain au chocolat. Je marche et peu à peu, je me fonds dans la foule de ces anonymes. Pas modérés. Baskets. Sac à dos. J’entre dans un café qui fait le coin de la rue où j’habite. Un café chaud avec un petit croissant. Mon petit déjeuner. J’aime cet endroit, il est moins froid que l’extérieur. Il n’est pas gris non plus. Et on me connaît. On ne me tend plus la carte. Je m’assois et j’attends. Mon regard caresse les silhouettes qui m’entourent, sans chercher à en distinguer les traits. Soudain une ombre. Je lève les yeux. L’homme me sourit, prend place en face de moi. - Bien dormi ? Je le regarde, de près je me rends compte à quel point il est beau. Il a des yeux gris. Je n’aime pas le gris. Mais c’est un gris chaud, doux, brûlant. Comme du métal en fusion. Une énergie incroyable tempérée par sa douceur et sa gentillesse. Les gosses l’adorent. Je souris et ne réponds pas. Il sait que je n’aime pas parler. Il n’y a qu’avec les petits que je parle sans contrainte. Parce qu’ils sont comme moi, aveugles dans un monde de voyants. Et même si je sais que ce n’est pas pour toujours, je les aime pour ça, j’en éprouve de la gratitude. Il commande. Nous sommes servis. Nous mangeons en silence. Il paye. C’est son jour. Nous partons. Tous les jours, il m’emmène dans sa camionnette du café vers la garderie. La journée se passe bien. Les mères n’arrivent pas trop en retard pour une fois. A 18h15, il n’y a plus un seul enfant et j’ai déjà presque tout rangé. Dans un quart d’heure, une demie-heure, il va venir me chercher. Il a dit qu’il achèterait à emporter. On ira manger chez lui. Je n’aime pas mon appartement. Exigu, murs jaunâtres comme les toilettes de l’école. Je pleure, plaqué contre le mur, dont la peinture jaune s’écaille et dont de fines particules se mêlent à mes cheveux. Le maître est furieux. Je ne lis pas, je n’écris pas. Je ne parle presque pas. Je ne participe que quand il y a du calcul mental, des choses à l’oral. J’enregistre les cours en cachette avec un vieux magnétophone et des cassettes offertes par mon ancienne famille d’accueil et les réécoute jusqu’à les connaître presque par cœur. Aujourd’hui, j’ai récité mon cour. Mais je n’ai pas fais attention et j’ai continué sur la dispute entre le maître et un des perturbateurs. J’ai reproduit leurs voix et leurs tons. Le maître a cru que je me moquais. Les élèves, ravis, ont rigolés. Mais je n’avais pas fait exprès. J’était fatiguée et ma langue à continuer à parler sans laisser mon cerveau réfléchir. Je pleure et je souffre, parce que le maître n’est plus gentil après. Il est froid, distant et n’essaye plus de comprendre. Il en était pas loin pourtant. Mais il est fâché, vexé et me laisse tranquille. Je continue d’apprendre, mais je ne suis plus interrogée à l’oral. Mes notes, déjà minimales, chutent, je me renferme. La direction ne comprend pas. Assistantes sociales et psychologues se suivent et ne comprennent pas plus. Je n’aime pas mon appartement. Les murs sont jaunes et la peinture s’écaille. Il est là et il conduit. Je suis à côté et au chaud, puisque qu’il a mis le chauffage. Il s’arrête à un feu rouge, se tourne vers moi et me souris. Nous sommes bientôt arrivés à bon port princesse. Je rougis. Princesse. Je ne suis pas une princesse. Je suis moi et ce n’est pas grand chose. Il me regarde et réponds comme s’il avais lu mes pensées. Pour moi, tu es plus qu’une princesse, murmure-t-il, tu es une reine et tu règnes sur mon cœur. Il continue à rouler et on ne dit plus rien. Il se gare et on descends de la camionnette. Je frissonne quand le vent s’infiltre dans mon anorak. Il s’approche de moi et m’enlace comme pour me protéger du froid. Je me dégage par habitude et le regrette, mais il ne m‘en veux pas. Il sourit et me donne les clefs. Tu connais le chemin. J’ouvre la porte, allume la lumière et reste ébahie par ce que je veux vois. Il peint, je le savais. Bien , je l’espérais. Comment ? Je ne le savais pas. La peinture que je contemple est pleine de couleurs. Un noyau de couleurs vives enferrés dans une onde grise. L’ensemble est une silhouette féminine, la mienne. Il a reproduit mon corps et en fait une beauté de courbes et de couleurs, contraste entre ce que je semble être et ce que je suis. Les couleurs virevoltent dans tous les sens comme mes pensées papillonnent. Quand on me parle, j’écoute et puis il y a mot qui me frappe, une couleur, un son et je pars sur autre chose et ainsi de suite. Les couleurs font pareils. Ronds, serpentins, triangles. Je vois aussi, qu’il y a quelque chose d’écris, que parmi les non-sens, les détours et les pirouettes colorées se dissimule un mot, que bien sûr je suis incapable de déchiffrer. Ce mot, je le sais, c’est moi. J’en ai peur. Entre le soulagement de ne pas connaître ce mot qui est moi et ma colère de reconnaître cette faiblesse qui me caractérise depuis toujours, je demeure plongée dans une transe. Quand j’en sors, je me rends compte qu’il me regarde. Qu’il a fermé la porte et ôté mon anorak. Sans que je ne le vois, entende, sente, ressente. Je le regarde. Ces yeux gris, comme du métal en fusion. Je ne dis rien, je ne bouge pas. Seule une larme s’échappe de moi entre mes cils, cristallisant ainsi mon sentiment.. Faiblesse. Vulnérabilité. Il ne dit rien. Il me sourit, simplement avec tendresse. Il s’approche et m’embrasse. La suite ? Ce n’est pas vraiment pour vos oreilles. Il me fit l’amour, avec douceur. Dans ses bras, je me sentis plus enfant que femme. Le lendemain, je partis avant qu’il ne se réveille. Je marche dans la rue, toujours et encore. Il est tôt, il fait encore sombre. Mais je n’ai pas peur. Je suis trop obnubilé par lui, par ses caresses, son amour, sa peinture. Il m’aime, toute cette peinture le crie avec force et mon cœur a du mal à repousser ses assauts. Il m’aime. Je répète ses mots, comme un prêtre sa prière. Mais loin de me réchauffer, je suis glacé du plus profond de mon être. Il m’aime. Elle m’a dit qu’elle m’aimait et m’a offert un jean pour me le prouver. Je ne l‘ai pas crue. On ne m’aime pas. Je suis laide. Illettré, handicapée donc. Presque aveugle, je ne vois que d’un œil. On éprouve de la pitié. J’inspire de la pitié, pas de l’amour. C’est ce que j’ai compris, que j’ai conclu. Pas de parents. Même pas née que mon sort semblait dessiné. Pas d’amis. Sauf lui mais il m’a dit qu’il m’aime et m’a peinte d’une façon qui m’a émue comme jamais. C’est pas fini mais j’ai un blocage…. Dommage.
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| Créé le : |
29 mai 2005 15h51
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Il me regarde de cet air vide qu’il affectionne tant. Je me détourne et ne dis rien. Je m’affaire . Les gestes quotidiens du matin : préparer le café, faire bouillir l’eau, toaster le pain, sortir le beurre, le lait et les confitures du frigo, en bref, préparer le petit déjeuner. Mais il y a le linge aussi, à tendre s’il n’est pas sec, à trier, à repasser si j’ai le temps. Les gestes quotidiens du matin. J’ai déposé les filles à l’école. Elle vont vivre leur vie, petite journée parmi tant d’autres avec leurs petits problèmes mineurs, un devoir non fait, une mauvaise note ou un mot dans le carnet de correspondance pour bavardage. Oh oui sûrement, elles aiment parler, elles ne font que ça d’ailleurs. Je conduis et je suis seule. Mes pensées vont dans tous les sens. Je visualise ma journée, désespérément fade et sans couleurs. Conduire, travailler, conduire, m’occuper de la maison, des enfants, me coucher pour, le lendemain, me relever et tout recommencer… La Routine. Je me rappelle plus quand tout cela à commencé, depuis combien de temps elle me pourrit la vie celle-là, une semaine ? un mois ? un AN ! Ou des années ? quoiqu’il en soit, cela fait trop longtemps. Et je ne me rappelle plus de la dernière fois où j’ai été surprise, agréablement surprise. Le temps passe et les souvenirs s’effacent. Amusante phrase, pleine de bon sens. Je conduis et mes pensées vont dans tous les sens. Amant d’un jour, amour toujours. Quand ai-je écrit ces mots ? L’Homme qui me les a inspiré n’est plus qu’une ombre parmi les ombres. De lui, je ne me souviens que de son odeur, et du sentiment qu’il me donnait. Celui d’être redevenue une femme. Pas la mère, pas l’épouse et encore moins la maîtresse de maison. Juste une femme… une femme que l’on peut aimer, apprécier, savourer…comprendre ? Ce brève passage, cette faute qui n’a durée que le battement d’ailes d’un papillon, une parenthèse dans ma Routine, comme je l’ai regrettée…. Secondes chéries où je me suis retrouvée… Où est ma liberté ? Ou débute-t-elle ? Où finit-elle ? Je vois la sortie, l’hideux panneau qui me promet ennui et dépit ! Le travail insipide suivit du travail acide. Je le dépasse, je n’ai pas tourné. Aujourd’hui, je fugue. Je fais l’école buissonnière. Je fais une pause, je crève la Routine. Journée de rêve… J’ai conduit sans but et ne me suis arrêtée que quand j’en ai eu l’envie. Je suis allée jusqu’à la mer et c’est pieds nus que j’ai foulé le sable et apprécié l’air iodée. Je me suis offert un café sur une terrasse et mes yeux se sont emplis de la beauté du soleil se couchant sur les vagues. J’ai repris le voiture et refait le chemin inverse en mettant la musique à fond. Ce n’est que vers 23H que je me suis rendue compte de ce que j’avais fait. Ce n’est qu’en me garant que je pris conscience de mon acte. Mais mon euphorie était bien trop présente pour me soucier de quoi que ce soit. Il me regarde, les sourcils froncés. Il ne dira rien tant que les filles ne seront pas couchés, apaisées d’avoir retrouver « Maman » et soulagées que tout soit retourné à la normal. Il me regarde et son visage à la couleur de la craie. Je pensais qu’il allait crier, voir me frapper. Mais non. Son visage me paraît vieux et sa voix me semble lasse quand il me pose sa question. Que veux-tu ? murmure-t-il. Je le fixe. Nos regards se joignent et l’espace d’un instant, nous nous comprîmes. On ne peut plus continuer, je crie silencieusement. Il faut essayer me supplie-t-il. Pour les filles. Pour nous. Nous ? Est-ce que « nous » existe encore ? Je me détourne et mon regard se pose sur le cadre photo. Comme nous sommes jeunes ! Beaux dans nos vêtements, resplendissants et… naïfs. Je n’en peux, je dis. Est-ce si terrible ? demande-t-il. Je le regarde attentivement. Je n’aime pas cette vie. Trop de contraintes pour rien. Libère-moi, laisse-moi m’envoler, et voyager, laisse moi découvrir autre chose, réapprendre à aimer, à rire. A vivre. Si on partait ? demande-t-il. Où ? Où tu veux, sans les filles, juste nous deux. Un nouveau départ, une seconde noces pour refaire connaissance. Je vois dans ses yeux qu’il est sérieux. Qu’il y croit à cet amour, à cette vie. Alors j’ai dit oui.
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| Créé le : |
26 mai 2005 12h13
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Tu te lèves tous les matins sans savoir ce que seras le lendemain. Tu cherches dans le monde, quelque chose de moins immonde, que la guerre et la mort, que l’Ere du plus fort… Le musique me trottait dans la tête, une rengaine incessante qui me rendait folle. La musique de mon frère. 19 ans et rien dans la cervelle, à part ses rimes à la con. Un jour, je le tuerai. J’ai décidé ça, il y a longtemps. J’étais petite, je devais avoir cinq ans à peine. Déjà à cette époque, il aimait le son de sa voix, qui faisait braire tout le monde, moi la première. OUINNNNNN, OUINNNNN. Qu’est-ce que ça pouvait soûler ! Un jour, j’en avais tellement eu marre que je m’étais levée pour le tuer, comme j’avais dit que je le ferais. J’étais entrée dans la petite chambre, m’étais approchée du landau. Pour le faire taire, fallait tout boucher, je le savais déjà. J’ai mis du coton dans ses narines. Il a commencé à gigoter, mais c’était bien partit. J’allais lui fourrer une grosse boule dans la bouche quand il a ouvert les yeux et qu’il m’a regardé. Ca à tout fait capoter bien sûr… Le problème avec mon frère, c’est qu’il a des yeux magnifiques. Bleus changeants, immenses, en forme d’amande avec de beaux cils, longs et courbés. Du genre qui font tomber toutes les filles que je connais. J’ai pas pu aller jusqu’au bout. C’était mon premier essai. C’est les yeux qui ont tout fait foirer. J’ai recommencé bien sûr, tant de fois que je peux même pas me souvenir de toutes, mais à chacune, il y a ses foutus yeux qui m’ont retenu. L’emmerdeur, satané emmerdeur. Je me lève, la tête dans le brouillard et j’entends ses accords de guitare, puis sa voix, elle est pas moche, mais de là à brailler à 10h00 du mat dans un micro…Je me lève complètement à l’ouest, je porte un vieux tee-shirt, qui fait deux fois ma taille, c’est super agréable pour dormir, mais c’est pas pratique pour assurer son autorité. J’ai mal au crâne, je sens la rage qui bout en moi. Je frappe même pas à la porte, j’entre comme une furie et je les vois tous les quatre. Mon frère et trois de ces copains, avec leur saloperie de matériel à la con. Quatre beaux gosses bien chiants. Je gueule, mon frère sourit, habitué, pendant que ses potes se rincent l’œil, merde alors, ils ont aucune notion du respect ? Je continue pendant cinq minutes, puis je me barre en claquant la porte, deux secondes plus tard, la foutue mélodie reprends. Un jour mon frère, je le tuerai. Je prends une douche glacée, je sais pas pour vous, mais moi, ça me calme. Je sens sur ma peau les gouttes froides qui sont comme des épines de glace. L’eau glisse le long de mon corps, comme un feu glacé. Quand je sors de la douche, je suis frigorifiée, mais je me sens mieux. La rage en moi s’est pas évaporée, elle s’est juste calmée. Je m’habille vite fait, je laisse mes cheveux tel quel, le naturel, c’est ce qui a de mieux non ? Je vais dans la cuisine et je vois le carnage, la vaisselle des connards dans l’évier, la nourriture entamée en bordel sur la table, je sens la fureur en moi, mais je la contiens, une fois dans le journée, ça suffit, n’est-ce pas ? Je me fais du café tranquille, sans toucher à leurs saletés, ils n’ont qu’à nettoyer tous seuls, mais sans le vouloir, je rumine. Strangulation, noyade, étouffement, explosion, armes blanches ou armes à feu ? Je prends une profonde respiration, calme toi, ma fille. Je bois mon café, brûlant et infect, comme d’habitude, c’est un truc dégueu mais pas cher. C’est pas avec sa chanson qu’on va bouffer mieux, je songe. Je regarde ma montre, déjà 11h00, j’ai pas vu le temps passer sous la douche… Je dois aller au boulot, jouer les mijaurées pour les connards qui comprennent pas que je les emmerde du fond du cœur, que je leur souhaite les pires malheurs du monde, qu’ils peuvent tous aller pourrir en enfer, que ça m’empêchera pas de dormir. Je suis en stage pour 6 mois dans une entreprise pharmaceutique et j’ai bien l’impression qu’ils confondent stagiaire avec pute de service. Je m’en fous, ils ont rapidement compris qu’il vaut mieux ne pas me chercher des noises. Moi je veux changer le monde…Merde alors, ils ont monté le son ou quoi ? J’en ai marre, je me casse, je passe ma journée au bureau et à 17H00, je me suis déjà barrée. Je traîne dans les rues, je me balade, je sais pas ce j’ai sur le moment, mais je plane. J’entends une voix dans ma tête et c’est la mienne Un jour mon frère, je le tuerai, j’approche de chez moi, un vague sourire aux lèvres, dans ma rue, y a plein de monde, des flics, des pompiers, des journalistes et des fouineurs en tout genre. J’avance vers un flic, je lui demande ce qu’il s’est passé. Il me regarde et dit « Qu’est-ce ça peut vous faire », je réponds « j’habite ici avec mon ptit frère ». Son regard se teinte de pitié, il me propose une chaise d’un air désolé. Le con. Au fond de moi, je le sais déjà tout. J’entends ma voix, comme un murmure : qu’est-ce qui s’est passé ? Le flic répond doucement. Un accident stupide, la cafetière brûlante, posée sur une nappe en papier, la truc à pris feu, on sait pas trop comment. Je vois la scène : mon frère en bas avec ses potes, leur musique plein la tête, ils entendent rien d’autres, quand ils sentent la fumée, l’était trop tard. Le mec essaye de me rassurer, me dit qu’il est pas mort brûlé, juste asphyxié. Je le regarde et je souris bizarrement. Je me rappelle ce matin et tous les précédents, la foutu rengaine dans ma tête… Tu te lèves tous les matins sans savoir ce que seras le lendemain. Tu cherches dans le monde, quelque chose de moins immonde… Et puis, ma voix de petite fille, quand j’avais promis, un jour mon frère, je le tuerai. Je prends une cigarette et j’essaye de l’allumer. C’est à ce moment là que je me suis rendue compte que mes mains tremblaient. Vous y croyez vous, en Dieu ?
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